Courrier à Arnaud MONTEBOURG

                                                            

                                                                                        Monsieur Arnaud MONTEBOURG  

                                                                                   Ministre du Redressement Productif  

                                                                                       139, Rue de Bercy  

                                                                                  75572 Paris      

                                                                                                                                  

                                                                                                                                                                                    LR avec AR

Objet : Projet de relance de l’industrie manufacturière des biens de consommation                                                                  

                                                                                        Paris, le  17 mai 2012 

 Monsieur le Ministre, 

Notre mouvement lutte depuis plusieurs années pour la relance de l’industrie manufacturière des biens de consommation et nous nous permettons d’attirer de nouveau votre attention sur notre projet. 

En effet, nous vous avons adressé les 17 septembre 2011 et 4 avril 2012, nos derniers articles publiés sur Marianne : “Comment créer un million d’emplois … maintenant ! “, “Comment les gouvernements ont massacré le luxe “made in France“ et “Le PS veut-il vraiment réindustrialiser la France ?“, mais  peut-être avez-vous jugé peu utile de nous répondre avant la victoire du Parti Socialiste à l’élection présidentielle et votre nomination au ministère de l’Industrie. 

Résumé du projet : La plupart des sous-traitants et fabricants français de biens de consommations disparaissent parce que les marques, les enseignes de la distribution et les boutiques multimarques préfèrent vendre des produits provenant des pays à bas coûts pour réaliser des coefficients plus importants. Il convient donc de créer une structure industrielle et commerciale spécifique aux produits fabriqués en France.

Celle-ci adoptera le plus souvent  le modèle économique de l’intégration verticale pour optimiser les coûts et ainsi offrir des prix plus abordables, mais commercialisera aussi des produits créés par des fournisseurs externes. L’entreprise aura vocation à sauver le savoir-faire français  et reprendra le personnel de sociétés en difficulté. 

Nous nous tenons à votre entière disposition pour vous apporter plus de précisions et nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le ministre, l’expression de notre considération la plus distinguée. 

                                                                                                           Francis JOURNOT

Commentaires (4)

1. Letellier 18/07/2013

La délocalisation

Malgré ce constat en 1995, l’OMC annonce la suppression des quotas pour 2005, afin de libéraliser le commerce et permettre ainsi une deuxième délocalisation.
La première délocalisation en Asie du sud-est a commencé en 1970, elle a fait venir des vêtements, made in Taiwan, in Hong-Kong, in Corée, Singapour, mais aussi, en Tunisie et au Maroc ; elle s’est étendue à partir de 1985 aux Philippines, en Indonésie, et en Malaisie….
En France, durant cette période, des sites entiers furent fermés : Rouen, Elbeuf, Louviers… pour ne citer que ceux de la vallée de la Seine, mais beaucoup d’autres ont souffert. Cette première délocalisation a permis de multiplier la production mondiale de textile par 4 durant la période de 1960 à 2001. L’industrie textile européenne enregistrait une diminution limitée à 50 % durant cette période, grâce aux quotas.
En 1995, l’annonce de leurs suppressions pour le 1er janvier 2005, a permis aux entreprises à délocaliser leur site en Asie. Ces dix années ont permis à la Chine de restructurer leur administration par un licenciement massif, soit 45 millions de personnes.
Un point de vue intéressant sur la délocalisation de Bernard Terrat* dans une interview du journal « Entreprise Rhône Alpes. »
« La perte de l’industrie textile en Europe n’est pas un phénomène d’ordre conjoncturel : il s’agit d’un problème structurel. L’industrie textile n’est pas, un métier de main-d’œuvre, c’est un métier d’investissements. La part de la main-d’œuvre est inférieure à 10 % du coût total de la transformation. Un poste de travail dans la filière, représente environ deux millions d’euros en investissements, quand le coût salarial mensuel moyen est de 1500 euros en Europe et de 100 euros en Chine. Raisonner par le seul coût de la main-d’œuvre est une erreur quand on sait que le temps passé sur une pièce par une opératrice se mesure en secondes. La vraie question est, en réalité, celle de l’intégration verticale. »
L’intégration verticale regroupe sur un même site le filateur, le moulinier, le tisseur, l’ennoblisseur et le confectionneur et permet de garantir la qualité, les délais de livraison et le prix de revient.
Ce point de vue contredit Bernard Esambert qui en 1991 écrit dans son livre la Guerre Economique Mondiale : « La segmentation du marché a permis à l’industrie textile de retrouver une compétitivité suffisante. »
Jean Pierre Mocho refuse tout fatalisme et estime que la Chine qui compte 1.3 milliards d’habitants, pourrait bientôt devoir se concentrer sur sa consommation intérieure pour gérer les tensions internes qui apparaissent déjà au sein de la population.

En 2004, l’Union Européenne a importé 2,65 milliards de tee-shirts, pour une population de 452 millions d’habitants, soit presque 6 tee-shirts par habitant. Ses importations chinoises de tee-shirts ont augmenté de 187 % de janvier -avril 2005, par rapport à janvier – avril 2004. Par contre, pour cette même période, les prix des tee-shirts ont diminué de 36%.
La Chine devient le principal fournisseur de l’Europe des 25. Cette progression s’est faite au détriment de la Tunisie, du Portugal et du Maroc. Elle détient près des ¾ du marché mondial des blousons, parkas et anoraks. Ces produits, libéralisés en 2002 ont permis à la Chine de tripler en volume ses exportations vers l’UE, avec des prix en chute de 46 %.

Les avantages de la délocalisation pour l’entreprise sont multiples : elle bénéficie d’une main d’œuvre abondante, donc docile, pas chère avec des charges salariales et des syndicats très faibles. Les contraintes environnementales sont très réduites, voir absentes. Les indemnités en cas de catastrophe ne sont que souvent, poudre aux yeux. Le coût du transport malgré la distance n’est assez pas dissuasif, aucune taxe n’est prélevée sur le kérosène.
Le seul inconvénient pour l’entreprise est le temps de transport.

L’impact positif de cette délocalisation en Asie du sud-est une source d’emploi importante. Je rappelle que la Chine a procédé à 45 millions de licenciements depuis 1995.
En moins de dix ans, la Chine a pu réaliser 47 % des investissements mondiaux en tissage.
Mais les effets négatifs sont nombreux. Le travail des enfants et des prisonniers est contraire aux règles définies par l’OIT. 16 millions de prisonniers chinois travaillent pour l’industrie textile. La couverture sociale est au strict minimum, le temps de travail de 8 à 12 heures par jour pour 100 € / mois n’est pas digne de nos temps modernes. Au Bengladesh, les couturières gagnent moins d’un dollar par jour.
Le travail à domicile en augmentation, facilite le travail des enfants et permet d’éviter les éventuels contrôles et de payer les charges sociales. Les règles de sécurité moins contraignantes se terminent en catastrophe (Bhopal) et l’échec des procédures judiciaires devant la complexité des situations, explique les indemnités inexistantes plusieurs années après. En Egypte, une source syndicale révèle que la plupart des travailleurs de Ramadan city sont contraint de signer une lettre de démission lors de leur embauche. L’accroissement de la pollution en Chine est inquiétante : déforestation, avancée du désert (+de 2500km2/an).
En achetant ces produits, nous devenons responsables et cautionnons ces manquements. Un étiquetage géré par des ONG garantira l’éthique des produits. (Voir des labels pour plus d’éthique)
Les effets de la délocalisation chez nous seront à l’origine des licenciements de milliers de personnes (12 000 emplois en janvier 2005, mais à terme plus de 600 000 emplois sont en danger) ayant compétence et savoir faire. L’outil de travail (locaux et matériel) devra être bradé et le réseau de fournisseurs et de clients sera perdu. L’augmentation du trafic aérien accentuera l’effet de serre avec les émissions de CO2, l’épuisement des ressources en pétrole, l’engorgement des aéroports et la nuisance sonore pour les riverains. Une solution pour contrer ce phénomène serait la taxation du Kérosène, comme l’a proposé un maire d’une commune. La mutation de milliers de personnes cadres aura des conséquences diverses sur la vie privée (perte de racines, amis, famille, scolarité des enfants perturbées…).

L’enjeu financier est par contre énorme : pour une chemise d’un prix de vente de 20 €, la façon variera de 8 à 1,5 € suivant les pays de fabrication et les marges de 7 à 12 €.
Cette mondialisation orchestrée par l’O.M.C. aurait pu être un véritable espoir pour l’avenir de notre planète, si elle avait exigé des entreprises les mêmes contraintes environnementales en vigueur chez nous et le respect du droit international du travail.

2. Guépard 19/06/2012

Est-ce que tous ces produits fabriqués hors de France et de l'Europe répondent aux normes imposées par la France et l'UE ? Fût une époque où l'on imposait des normes dans tous les secteurs industriels, commerciaux, artisanaux... en France, mais qu'en est-il de tous ces produits venant des pays à bas coût ? Un parti politique avait une bonne idée en voulant taxer ces produits à hauteur de 3% pour financer notre économie en contre partie.

3. Francis Journot 06/06/2012

Monsieur Philippe MURER,


J’adhère pleinement à votre mouvement pour un protectionnisme européen, cependant il est à craindre que cela ne résolve que très partiellement le problème des délocalisations.
Ainsi que je l’écrivais dans l’un de mes articles, la plupart des industriels ne reviendront pas !

« Plusieurs hommes politiques jurent depuis peu, pouvoir et vouloir relancer le « made in France », mais ignorent encore que les fabricants qui ont délocalisé leur production ne reviendront pas et que les enseignes de la distribution qui ont volontairement sabordé l’industrie manufacturière des biens de consommation, n’aideront certainement pas de nouveaux fabricants à recréer des usines en France. »

« il est peu probable que des entreprises délocalisées qui ne sont plus habituées aux négociations, conflits sociaux et grèves syndicales, acceptent également de renouer avec des charges sociales plus élevées et une baisse importante de leurs bénéfices. »

Bien évidement je partage votre avis à propos du manque de compétitivité de la France vis-à-vis des pays à bas coûts, toutefois, vous avez certainement observé que les prix de la plupart des produits moyen/haut de gamme n’ont pas baissé.
Seules les marges des enseignes et marques ont augmenté. Aussi nous pourrions encore fabriquer en France une grande part de nos biens de consommation en produisant principalement selon le modèle économique de l’intégration verticale mais cela exige l’aide de l’état.

Hélas, Ainsi que vous le soulignez, il n’est pas certain que François Hollande se soucie de notre réindustrialisation.
Par ailleurs, les difficultés de l’Espagne pourraient bien procurer à cet européiste et à ses complices Angela Merkel et Mario Draghi, le prétexte opportun pour nous imposer le fédéralisme que nous redoutons.

La perte de souveraineté provoquée par une UE bancaire et budgétaire risque de rendre notre combat pour la relance de notre industrie très difficile !

4. Philippe Murer (site web) 04/06/2012

Bonjour,

Comme le made un France n'est et ne sera pas compétitif vis à vis des produits chinois ou d autres pays à très bas salaires Comme après l élection Hollande ne s en occupera pas

Nous vous proposons de signer l initiative citoyenne européenne pour mettre la pression pour un protectionnisme européen sur

http://www.signezpourunprotectionnismeeuropeen.fr

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