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Ford, Ascoval; "Quand Macron et

Le Maire découvrent les dégâts

de leur propre ideologie"

 

FIGARO ECONOMIE Par Francis Journot   le 04/03/2019

Ford

Le Figaro/Tribune par Francis Journot, publiée le 4 mars 2019 - Après le refus de Ford d'accepter l'offre de reprise de son usine de Blanquefort, Francis Journot, ardent défenseur de la cause industrielle, dénonce l'angélisme du gouvernement qui, selon lui, s'indigne des dégâts liés à une idéologie qu'il continue de chérir.

A propos de la fermeture du site de production de Blanquefort (Gironde), le gouvernement a jugé l’attitude de Ford indigne, celle de l’Etat néerlandais après sa montée à 14 % du capital d’Air France/KLM inamicale et s’est estimé trompé lors de la reprise avortée d’Ascoval. Mais les reproches et la posture protectionniste envers les Pays-Bas peuvent toutefois étonner si l’on songe à l’énergie par ailleurs déployée par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire au cours des dernières semaines  pour  privatiser les fleurons français très profitables Aéroports de Paris (ADP), la Française des jeux (FDJ) et ENGIE. Il est également permis de douter d’une réelle préoccupation d’Emmanuel Macron pour le patrimoine industriel. Le jeune Secrétaire général adjoint de l’Elysée qui envisageait la vente du stratégique pôle énergie du fleuron industriel Alstom (65 000 salariés) à l’américain General Electric (GE) dès 2012, commandait alors discrètement un rapport au cabinet AT Kearney de Chicago en octobre. Puis favorisait lors de son passage à Bercy en tant que ministre de l’Economie, la cession du leader mondial des télécoms et réseaux Alcatel-Lucent (62 000 salariés) au norvégien Nokia et la fusion du spécialiste de l’ingénierie pétrolière et gazière Technip (37 500 salariés) avec le texan FMC mais le siège déménageait à Londres.

Depuis le début du quinquennat de l’ancien président de la république François Hollande, 1 millier d’usines comptant souvent plusieurs centaines d’ouvriers ont fermé et laissé de nombreux territoires exsangues. 1.5 à 2 millions d’emplois industriels directs, indirects et induits ont disparu en 10 ans. La fermeture des sites de production Ford et Ascoval  pourrait mettre au chômage 1 200 personnes et impacter encore trois fois plus d’emplois indirects et induits. Les 750 salariés des Fonderies du Poitou retenaient leur souffle ce jeudi 28 février en espérant un repreneur. Ces sujets s’invitent inopportunément dans l’actualité à moins de 3 mois des élections européennes mais le gouvernement ne changera pas sa politique économique pour autant. Cette dernière semble consister maintenant, à défaut de soutenir l’industrie française, à surtout encourager au moyen de subventions, une multiplication des FUSAC (fusions et acquisitions) pourtant souvent prédatrices, d’acheteurs étrangers. Certes, cela augmente l’investissement en France et permet de prétendre que l’élection d’Emmanuel Macron a généré une hausse de l’attractivité, mais ces aventures se soldent souvent par des fermetures d’usines. On peut en effet s’interroger à propos de l’angélisme de responsables politiques qui, après avoir introduit le loup dans la bergerie, s’indignent ensuite. Mais on ne peut alors empêcher les investisseurs d’estimer qu’en l’absence d’aides suffisantes, le maintien de l’activité sur le site français n’est plus économiquement justifié ou de disposer librement dans leurs pays respectifs, des brevets, marques et savoir-faire acquis dans l’hexagone.   

34 plans industriels et Usine du futur pendant la campagne d’Emmanuel Macron ou aujourd’hui plan d’accompagnement du renouveau industriel local pour 124 territoires, les projets de relance de l’industrie annoncés à grand renfort médiatique s’avèrent généralement peu efficaces. Faiblement financés, ils entretiennent surtout l’illusion d’une volonté industrielle destinée à masquer l’impuissance gouvernementale. Pour exemple, le dernier programme annoncé fin 2018 qui affiche l’ambition de couvrir 30 % du territoire et 48 % des emplois industriels, est doté de 1.3 milliard d’euros quand un plan structuré d’envergure qui comprendrait un investissement annuel de 10 à 15 milliards d’euros serait indispensable pour réindustrialiser et éradiquer un chômage de masse qui touche à des degrés divers, près de 10 millions de personnes. Si l’on considère qu’un bénéficiaire de minimas sociaux et un chômeur indemnisé coûtent respectivement à la collectivité, selon les dépenses connexes prises en compte, environ 10/12 000 et 30/32 000 euros (DPE) par an en moyenne, il apparait alors certain qu’il serait plus avisé de financer massivement l’activité au lieu de l’inactivité pour ainsi renouer avec un cercle économique vertueux. Certes, nous devrions pour cela prendre quelques libertés avec les règles de Bruxelles mais la Commission européenne n’ignore pas non plus qu’un affaiblissement continu de la deuxième économie de la zone euro conduira immanquablement à une mise en danger de l’ensemble de la construction européenne.

Les déficits budgétaires, la baisse du pouvoir d’achat, le chômage de masse et l’extrême pauvreté, la désertification et le recul des services publics ainsi que l’augmentation de la dette ne sont que les conséquences de choix politiques et économiques entamés il y a plusieurs décennies, préconisant l’abandon d’une industrie pourtant hautement structurante dans les territoires au profit des services. Le Grand Débat aurait pu constituer une chance historique de générer une union nationale autour d’un nouveau projet mais Emmanuel Macron reste  fidèle à cette vielle ligne idéologique.

Francis JOURNOT    Projet Collectivité Nationale    

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