«Nouvelle guerre froide» USA Chine,

une contrefaçon grossière de l’histoire

 

Depuis son accession au pouvoir en 2013, Xi jinping veut imposer le système politique chinois en tant qu’alternative au capitalisme et œuvre pour une bipolarisation du monde. Fin mai, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi enfonçait le clou en menaçant les Etats-Unis d’une «nouvelle guerre froide». Mais l’expression inventée au lendemain de la seconde guerre mondiale apparait aujourd’hui peu appropriée.  

L’imposture d’une guerre froide sans projet alternatif autre que celui d’une suprématie mondiale de la Chine     

Xi Jinping  projetait dès le début de son mandat de défier les Etats-Unis. Il  promettait devant le comité central «Nous devons nous préparer à une longue et rude période de compétition entre systèmes politiques» (propos rapportés dans le livre Rouge vif de la chercheuse Alice Eckman).

Mais la Chine n’est pas l’URSS et l’authenticité d’un discours capitaliste à Davos et communiste en Chine, s’avère très discutable. Par ailleurs, l’impérialisme chinois semble se diriger, si l’on se réfère par exemple à la répression violente des opposants ou au prélèvement forcé d’organes sur des prisonniers politiques, vers une forme de fascisme à la chinoise. Cette cruauté pourrait rappeler celle de l’Allemagne nazie ou évoquer les actes de cannibalisme commis au nom de l’idéologie du communisme pendant la révolution culturelle chinoise. Il n’est aujourd’hui guère aisé de situer idéologiquement le système politique de la Chine opportuniste de Xi jinping mais il convient peu, même si l’URSS n’était pas non plus un modèle enviable de démocratie, de l’assimiler à la doctrine d’Alexeï Jdanov qui a théorisé la guerre froide et s’opposait à l’impérialisme et au fascisme.

Car sept décennies plus tard, la Chine commet des actes dignes des régimes fascistes les plus sanguinaires et son impérialisme constitue le plus grand péril pour les démocraties et l’humanité.   

L’élection à la tête des Etats-Unis en 2017 d’un président protectionniste souhaitant réduire le déficit commercial abyssal proche de 400 milliards de dollars avec la Chine, a servi la stratégie du dictateur chinois. Celui qui semble vouloir endosser le costume d’empereur du monde a saisi l’opportunité de se mettre en scène dans un face à face qui le place sur un même pied d’égalité que  Donald Trump et lui permets ainsi de se targuer auprès de son peuple, d’affronter le dirigeant de la première puissance mondiale. Cette posture favorise son objectif de bipolarisation inspiré du manichéisme de la guerre froide du siècle dernier et relègue les autres pays du monde au deuxième plan. L’agressivité du Parti communiste chinois durant la crise du Covid-19 et la déclaration de son ministre des affaires étrangères, dictée par l’Assemblée nationale populaire chinoise, indiquent que la Chine estime avoir franchi une nouvelle étape. Celle-ci semble désormais ne plus se soucier de l’opinion de pays devenus à ses yeux trop faibles ou dépendants de son économie pour protester. 

L’utilisation par Pékin de l’expression «nouvelle guerre froide» vise à tenter de tourner la page au moment où l’opinion mondiale plutôt hostile compte ses morts et considère maintenant majoritairement que l’expansionnisme chinois représente une menace économique et un grave danger. Mais une guerre froide au sens historique du conflit USA URSS suppose un modèle politique réel qui emporte l’adhésion d’une part importante du monde à celui-ci. La Chine, bien que prétendant vouloir partager son système politique pour le bien de tous, est impérialiste et isolée contrairement à l’URSS dont le projet marxiste-léniniste était soutenu par de nombreux pays et populations à travers le monde. Par ailleurs, on peut douter que  la Russie accepte de perdre son âme en se rangeant aux cotés de la Chine lors d’éventuels conflits. Les imposants congrès chinois qui se drapent aujourd’hui d’idéologie, prônent «une destinée partagée pour l’humanité» et pourraient rappeler à certains égards, les grandes heures du communisme, mais la comparaison s’arrête là. L’assimilation du projet chinois à la  foisonnante guerre d’idées qui a passionné durant un demi-siècle, peut apparaître simplificatrice et présomptueuse. On assiste à une tentative de reproduction du conflit USA URSS mais on cherche en vain une proximité intellectuelle et philosophique de Xi Jinping et des dirigeants chinois avec les fameux bretteurs qui ont animé le débat majeur du XXème siècle autour de questions essentielles et de deux conceptions du monde.

Depuis les dissimulations à propos de la gestion chinoise de la crise sanitaire, la méfiance envers l’arrogant régime chinois s’est généralisée. Aussi, l’installation d’une prétendue «nouvelle guerre froide» à l’initiative de la Chine peut sembler très aventureuse. Certes, quelques pays rêvent d’un monde post-occidental mais rares sont ceux qui préfèreraient le chaos ou le régime dictatorial prôné par la Chine à un système capitaliste qui demeure à ce jour globalement le plus fiable même s’il conviendrait d’en corriger les nombreuses dérives.

Francis Journot est consultant, entrepreneur et ancien éditeur de presse professionnelle économique et sociale. Il fait de la recherche en économie depuis 2013 dans le cadre du projet International Convention for a Global Minimum Wage et tient le site Collectivité Nationale

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